Homélie du père François-Xavier – 2ème dimanche de Carême

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Prenons le temps de contempler cette scène de la Transfiguration : nous la méditons chaque deuxième dimanche de carême. La tradition chrétienne situe cette scène sur le mont Thabor, qui surplombe la plaine de Galilée à 588 mètres d’altitude. Certains parmi vous ont pu le gravir lors d’un pèlerinage en Terre Sainte, et c’est une ascension assez impressionnante…

Là, l’évangile nous dit qu’il fut « transfiguré » devant eux : le verbe grec est « metamorphoun », littéralement, il se métamorphosa devant eux, passant d’un état à un autre, devenant resplendissant comme la lumière. Jésus laisse transparaître l’éclat de sa divinité et ses disciples le voient face à face. Même Moïse sur la montagne du Sinaï n’avait pas eu ce privilège.

Cet épisode, nous le devinons, a profondément marqué les disciples, la preuve en est qu’il est commun aux trois premiers évangiles, ce qui n’est pas si fréquent. Ainsi l’apôtre Pierre témoigne, dans sa deuxième lettre :

« Ce n’est pas en suivant des fables que nous vous avons fait connaître la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa grandeur. Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque lui fut transmise une telle parole : ‘celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur’. Cette voix, nous l’avons entendue ; elle venait du ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte » (2 P. 1, 17-18).

Nous comprenons la pédagogie divine de Jésus vis-à-vis de ses apôtres. Il vient de leur annoncer sa passion pour la première fois, avec l’effet que l’on sait. Les disciples ne comprennent pas et même ils refusent, ils se dérobent. Alors, pour les encourager, Jésus les emmène sur la montagne sainte, comme dit saint Pierre, pour leur dévoiler, dans sa transfiguration, quelque chose de sa divinité ; il manifeste l’éclat de sa gloire ; il dévoile le mystère de son intimité avec le Père. C’est une grâce de miséricorde que le Seigneur leur accorde, pour leur montrer à quel point Dieu les aime, et veut les faire avancer plus profondément dans la foi et dans l’amour.

C’est exactement la même pédagogie que l’Eglise utilise avec nous. Après nous avoir fait entrer au désert, pour suivre le Christ dans son combat spirituel qui est aussi le nôtre, l’Eglise nous invite, pour nous encourager aussi, au commencement de ces quarante jours, à monter spirituellement avec Jésus sur la montagne sainte. Il s’agit pour nous aussi de contempler sa gloire, pour comprendre à quelle espérance nous sommes appelés malgré les épreuves de cette vie. Jean-Paul II disait : « la Transfiguration n’est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix ». Il s’agit pour nous aussi de nous fortifier en nous réappropriant fortement, profondément, la finalité de notre vie chrétienne : passer par la mort et la résurrection du Christ !

Il s’agit d’expérimenter ici et maintenant, au cœur de notre vie, la victoire du Christ vrai Dieu et vrai Homme, la puissance de sa divinité, à travers sa mort et sa résurrection, en la faisant entrer dans notre vie quotidienne, par un puissant acte de foi, d’espérance et de charité. Si je me lamente sur ma vie chrétienne qui n’avance pas, si je me décourage face à l’âpreté de mon devoir d’état, si je me désole sur la situation de l’Eglise ou de mon pays bien-aimé, c’est alors que la contemplation du Christ crucifié et glorifié m’est donnée pour venir transfigurer cette lutte, ce combat, cette tristesse et me réorienter dans la vivante espérance de la victoire du Christ.

Trois orientations peuvent en découler pour notre carême :

1-Il s’agit de raviver notre amitié avec le Christ : « il est bon que nous soyons ici » dit l’Apôtre Pierre. Nous devons vérifier que nous sommes capables de passer du temps, de perdre du temps avec le Seigneur, de demeurer en sa présence par des temps de prière plus prolongés. Soit que nous soyons dans la lumière, soit que nous soyons dans l’obscurité de la nuée, parce que la foi est le plus souvent obscure, nous devons apprendre à persévérer dans ces temps de cœur à cœur où le Seigneur nous purifie, nous forme et nous transforme. « Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage » (Ps 33).

2- Réaffirmer notre option fondamentale en faveur du Royaume. Cf St Paul : « nous ne vivons pas pour les choses de la terre mais nous sommes citoyens des cieux ». Cela a-t-il encore du sens pour nous aujourd’hui de se dire citoyens des cieux ? Ne sommes-nous pas, peu ou prou, affecté par la sécularisation ambiante qui nous détourne des biens spirituels pour ne nous préoccuper que des choses terrestres ?

3- Enfin, à la suite des disciples, il nous faut aussi savoir redescendre de la montagne. Assumer notre engagement dans le temporel, au service de nos frères. Dans ce temps de carême, nous devons approfondir dans ce monde notre place de chrétiens, être comme des veilleurs, qui rappellent que ce monde est provisoire et qu’il a besoin d’être sauvé par le Dieu vivant.  Redisons avec St Paul : « nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, lui qui transformera nos pauvres corps mortels à l’image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable de tout dominer ». AMEN !

 

Père François-Xavier Henry
Préfailles, le 28 février 2026

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