Homélie de Monseigneur Fruchaud– 5ème dimanche de Carême

 Dans Homélies

Etre avec Jésus c’est recevoir la Vie

 

Tout homme, tout au long de sa vie, est confronté au drame de la mort. Même si les évangiles ne les évoquent pas, avant sa vie publique, à Nazareth, Jésus avait déjà très certainement été confronté à la mort.  Avant sa propre mort Jésus a vécu de bien des façons le drame de la souffrance face à la mort : en famille avec le deuil de Joseph, tout au long de sa vie publique comme l’évènement que nous rapporte saint Jean dans l’évangile de ce jour, la mort de son ami Lazare qui habitait avec ses sœurs Marthe et Marie à Béthanie. Dans ces moments difficiles il a anticipé lui-même sa propre mort, pressentant parfois avec émotion son supplice qui approchait. Il savait aussi que la résurrection de Lazare précipiterait sa propre mort.

 

Alors que Lazare venait de mourir, Jésus a voulu apporter une nouvelle compréhension de la mort à travers son dialogue avec Marie. Marthe savait très bien que Jésus est plus fort que la mort, d’où sa réflexion où perçait comme un reproche : «  Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Dans son désarroi Marthe savait aussi qu’elle pouvait toujours compter sur Jésus par sa présence et sa prière ; aussi elle lui dit : «  Mais maintenant encore,  je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Marthe croit en la résurrection à la fin des temps mais ne peut pas s’attendre à ce que Jésus fasse revivre son frère maintenant. Toutefois elle vit cette tension intérieure, cette contradiction que nous ressentons nous-mêmes entre la raison et la foi, en nous accrochant à cette conviction que ‘rien n’est impossible à Dieu’, sans savoir comment Il pourra répondre.

 

Jésus répond par une phrase qui apparaît paradoxale à Marthe : « Ton frère ressuscitera. » Elle croit, et Jésus le saint bien, à la résurrection des morts au dernier jour. Elle le réaffirme clairement. Mais Jésus veut révéler ce que ni elle ni sa sœur Marie n’ont encore compris :    «  Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. »  

 

Pour Jésus, la vraie mort est plus grave que la fin de notre vie terrestre : elle consiste à ne pas accueillir la Vie qu’Il est venu nous donner. Notre mort physique n’est qu’un passage dont la résurrection de Jésus donnera toute la dimension d’espérance. Plus tard, les chrétiens pourront chanter en toute paix devant la mort de leurs frères et sœurs : « Eveille-toi ô toi qui dors, le jour a brillé. D’entre les morts relève-toi, sois illuminé », ou encore : « Ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les amènera avec lui, car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. »

 

Dans une grande marque de confiance Jésus ose ainsi faire entrer Marthe et Marie dans le mystère de la Résurrection : elles sont les premières à recevoir cette révélation. Si Jésus n’avait parlé à Marthe que de la résurrection « au dernier jour », cela ne lui aurait apporté qu’une simple consolation et c’est pourquoi elle répond : « je sais qu’il ressuscitera à la résurrection. » Mais quand Jésus lui dit : «  Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » elle découvre une réalité bouleversante. Le « Moi je suis » est la révélation de la divinité de Jésus et donc qu’Il est la source de la Vie. Entrer en contact avec Jésus, c’est entrer en contact avec la Vie elle-même. La résurrection des corps au dernier jour ne fera que consommer le don de la vie éternelle accordée dès aujourd’hui au croyant, Lazare a reçu déjà ce don ! Jésus pose à Marthe cette question : « Crois-tu cela ? » et elle répond : « Oui Seigneur, je le crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

 

Pour Marthe comme pour Marie le miracle de la résurrection de leur frère Lazare viendra confirmer leur acte de foi. L’affirmation publique de la foi de ces femmes confirmée par le miracle n’aura rien d’anodin aux yeux des juifs opposés à Jésus. Ils sentiront que l’affirmation de foi de ces femmes confirmée par la résurrection de Lazare, leur frère, remet en question leur façon de considérer qui est Jésus. Cet évènement précipitera la mise à mort du Christ.

 

Suivons cependant Jésus au moment où il s’approche du tombeau de Lazare. On sent Jésus bouleversé par cette mort : «  Alors Jésus se mit à pleurer. »  Il est bouleversé parce qu’il l’aimait profondément, cela apparaît clairement aux yeux de tous : « Voyez comme il l’aimait. »  Mais il est aussi bouleversé parce qu’il voit dans la mort de son ami sa propre mort toute proche. En cela Jésus rejoint bien toute notre humanité.

 

Nous aussi, quelle que soit la force de notre foi, nous sommes profondément touchés devant la mort d’autres personnes et la perspective de la nôtre. Dans ce temps d’angoisse que nous vivons en apprenant le nombre de décès causés dans le monde par le Covid-19 nous ne pouvons pas ignorer que cela pourrait nous arriver à nous-mêmes. Aujourd’hui Jésus nous montre par son attitude l’importance de la prière dans ces moments d’angoisse. Devant le tombeau de Lazare il élève les yeux vers le Père et il prie. Sa prière n’a rien de désespéré, elle est d’abord action de grâce : «  Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé… » Ayant ainsi parlé, Jésus cria d’une voix forte : «  Lazare, viens dehors ! » Lazare va revenir à la lumière terrestre. Il saura pendant le temps de ce retour à la vie terrestre qu’une autre lumière l’habite et vivant dans cette lumière il sera toujours en Celui qui est Vie.

 

Le récit de la résurrection de Lazare et l’entretien de Jésus avec Marthe et Marie sont des signes forts pour notre foi. Ils nous montrent que la mort n’aura pas le dernier mot ; la mort ne peut briser l’élan d’une vie qui se poursuit en Dieu.

 

Dans ces temps où sévit dans le monde ce Covid-19, où l’angoisse peut tous nous gagner et même grandir fortement en nous tous, ravivons notre foi. A la question de Jésus qui nous interroge aussi aujourd’hui : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie … crois-tu ? » A la suite de Marthe répondons fermement : « Oui, Seigneur, je le crois ; tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » 

 

Oui, être avec Jésus c’est bien recevoir la Vie et la Vie éternelle.

Oui, en vivant avec Jésus, dans le Christ, il n’y a plus réellement de place à l’angoisse, je chemine vers la vie de ressuscité.

 

Monseigneur Lucien Fruchaud
Evêque émérite de Saint Brieux Tréguier
Le 29 mars 2020

Ez 37, 12-14

Ps 129

Rm 8, 8-11

Jn 11, 1-45

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

    En ce temps-là,
il y avait quelqu’un de malade,
Lazare, de Béthanie,
le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur
et lui essuya les pieds avec ses cheveux.
C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :
« Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :
« Cette maladie ne conduit pas à la mort,
elle est pour la gloire de Dieu,
afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent :
« Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider,
et tu y retournes ? »
Jésus répondit :
« N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ?
Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas,
parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche,
parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta :
« Lazare, notre ami, s’est endormi ;
mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors :
« Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ;
eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :
« Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez.
Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
dit aux autres disciples :
« Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

    À son arrivée,
Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem
– à une distance de quinze stades
(c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
beaucoup de Juifs étaient venus
réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus,
elle partit à sa rencontre,
tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort.
Mais maintenant encore, je le sais,
tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit :
« Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit :
« Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection,
au dernier jour. »
Jésus lui dit :
« Moi, je suis la résurrection et la vie.
Celui qui croit en moi,
même s’il meurt, vivra ;
quiconque vit et croit en moi
ne mourra jamais.
Crois-tu cela ? »
Elle répondit :
« Oui, Seigneur, je le crois :
tu es le Christ, le Fils de Dieu,
tu es celui qui vient dans le monde. »

    Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie,
et lui dit tout bas :
« Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit,
se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village,
mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie
et la réconfortaient,
la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ;
ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus.
Dès qu’elle le vit,
elle se jeta à ses pieds et lui dit :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait,
et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi,
Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
et il demanda :
« Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent :
« Seigneur, viens, et vois. »
Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient :
« Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle,
ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

    Jésus, repris par l’émotion,
arriva au tombeau.
C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit :
« Enlevez la pierre. »
Marthe, la sœur du défunt, lui dit :
« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe :
« Ne te l’ai-je pas dit ?
Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre.
Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
« Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ;
mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure,
afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit,
les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit :
« Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie
et avaient donc vu ce que Jésus avait fait,
crurent en lui.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

 

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