« L’angoisse en ces temps de confinement sanitaire » par Mgr Fruchaud

 Dans Homélies, Textes

Un mot revient fréquemment actuellement : angoisse. C’est la réalité qui s’empare de beaucoup d’entre nous. Vous êtes nombreux à me partager vos angoisses. Comment ne serions pas angoissés ? L’aujourd’hui est certain, ce mal viral peut nous toucher tous, tous les membres de nos familles, tous nos êtres chers ; les jours à venir sont aussi incertains : ce Covid-19 sera-t-il vraiment éradiqué ? Notre économie s’en relèvera-t-elle ? Que seront demain nos relations entre communautés et nations ? Angoisse réelle, profonde, qui nous trouble même si nous ne la laissons pas s’exprimer pour ne pas inquiéter nos proches.

 

Chrétiens comment vivre cette angoisse bien présente, bien réelle ?

 

. La  Bible nous présente des angoisses diverses : épuisement, découragement qui amène au dégoût de vivre ; angoisse pour les proches, angoisse face à la mort ; angoisse même face au Salut. Les psaumes sont remplis de ces cris de détresse. « Sauve-moi, mon Dieu : les eaux montent jusqu’à ma gorge ! J’enfonce dans la vase du gouffre, rien qui me retienne ;  je descends dans l’abîme des eaux, le flot m’engloutit. Je m’épuise à crier, ma gorge brûle. Mes yeux se sont usés d’attendre mon Dieu. Plus abondants que les cheveux de ma tête, ceux qui m’en veulent sans raison ;  ils sont nombreux, mes détracteurs, à me haïr injustement. Moi qui n’ai rien volé, que devrai-je rendre ? » Ps 68, 2-5.  Dans son angoisse le psalmiste n’hésite pas à crier vers Dieu, à se tourner vers Lui pour lui demander son aide.

Angoisse des apôtres sur le lac quand ils se trouvent en pleine tempête alors que Jésus dort au fond de la barque pourtant secouée par les vagues.  « …survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Jésus dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Mc 4, 35-41

Jésus lui-même éprouvera une grande angoisse lors de son agonie au jardin de Gethsémani.  « Puis il … commence à ressentir frayeur et angoisse. Il dit à ses disciples : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » Mc 14, 33-36.

 

Le psalmiste avait crié vers Dieu. Les apôtres avaient crié vers Jésus. Jésus crie vers son Père. C’est en cela que Jésus est pour nous un exemple. Loin de se replier sur lui-même il s’ouvre à son Père. Il redoute le moment qui arrive mais il ne le refuse pas. En s’ouvrant au Père, il lui offre cette angoisse qui l’assaille. C’est encore vers le Père que Jésus se tournera au moment de mourir sur la croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?  Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas …  Ne sois pas loin : l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider …  Tu me mènes à la poussière de la mort. » Ps 21.  Force des paroles du  Christ en croix ! Il lui semble être seul, abandonné  par son Père et même pire, Dieu parait le conduire à la mort.

Ces paroles peuvent nous sembler scandaleuses ! Et pourtant, combien elles peuvent nous libérer lorsque nous-mêmes nous sommes, comme en ces jours, dans l’angoisse.

. Dans notre vie quotidienne actuelle l’angoisse est bien là. Il ne s’agit pas de l’ignorer oui de faire ‘comme si …’. Regardons cette angoisse bien en face. Elle est souvent la réalité de nos vies et plus encore actuellement. Alors, puisqu’elle est bien là, développons en nous, les mêmes attitudes, les mêmes sentiments qui furent ceux de Jésus au jardin de Gethsémani ou sur la croix : il ne s’est pas replié sur lui-même, il s’est ouvert à son Père. Comme Jésus remettons-nous entre les mains du Père dans la prière confiante et l’abandon.

Mais Jésus, en cet instant, n’a pas fui la réalité de sa vie. Il a fait face. Il s’est relevé, a réveillé les  apôtres, leur a indiqué que l’heure était venu.  Oui, il a fait face !

Comme Jésus et avec lui nous avons à faire face aux contraintes de la réalité actuelle : ce confinement qui devient de plus en plus long, restrictif et contraignant ; ces impossibilités d’aller visiter nos proches pourtant bien isolés dans leur maison ou dans l’Ehpad où ils résident ; cette peur pour soi-même ou les siens dans le travail nécessaire pour le service du bien commun mais qui reste très exposé. Et si l’un des nôtres venait à nous quitter cette impossibilité de l’accompagner aussi dignement que nous aimerions. Spirituellement, cette angoisse qui grandit d’être privé longuement de l’Eucharistie et des autres sacrements dont nous mesurons les grands bienfaits d’autant plus que nous en sommes privés.

C’est bien cette réalité qu’il nous faut vivre. Ne la fuyons pas. Assumons-là avec force, réalisme, lucidité. Aidons-nous, soutenons-nous les uns les autres autant que nous le pouvons par l’amitié, la prière, tous les signes possibles. Ils sont merveilleux tous les élans fraternels dont nous sommes les témoins ou que les médias  nous rapportent chaque jour !

Mais vivons cette réalité comme Jésus, en communion profonde avec le Père. Si l’angoisse humaine demeure en nous, l’Espérance dans la Vie que nous a offerte le Christ dans son mystère pascal nous fera porter et vivre nos angoisses tout autrement.

Alors que nous approchions des grandes fêtes pascales, même si nous les vivons tout autrement que nous aurions aimé, puisons dans ce grand mystère de Vie les forces qui nous sont nécessaires  pour nos aujourd’hui.

Considérée dans cette lumière, notre vie est un chemin, rude souvent, mais qui nous mène à Dieu. « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. ». Rm 8,28

 

+ Lucien FRUCHAUD

évêque émérite de Saint-Brieuc et Tréguier

 

 

P.S. Je vous invite à relire le magnifique commentaire bien actualisé que le Pape François nous a offert de l’évangile de la tempête apaisée, lors de la bénédiction Urbi et Orbi de vendredi soir. Veillée de prière saisissante unissant dans la même prière des millions d’hommes et de femmes du monde entier. Rendons grâce à Dieu, au cœur de cette pandémie dramatique, de vivre de telles heures.

>>>Homélie du Pape François<<<

 

 

 

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