Homélie du p. François-Xavier pour la Toussaint

 Dans Brèves, Homélies

Avec la foule immense des rachetés, il nous faut accueillir cet évangile des Béatitudes, qui est la grande charte de la sainteté chrétienne. Elles sont la « carte d’identité du chrétien (…) Jésus nous a expliqué ce que veut dire être saint lorsqu’il nous a enseigné les Béatitudes » (GE). Elles nous présentent la loi évangélique, la loi du Christ, dans toute sa splendeur/radicalité, qui est la radicalité de l’amour. Ce chemin de sainteté chrétienne, nous sommes invités à parcourir depuis notre baptême.

Les Pères de l’Eglise, qui sont les grands commentateurs de la Bible dans les premiers siècles, ont vu en effet dans ces Béatitudes un ordre, une progression, comme une échelle de perfection chrétienne, des degrés à franchir les uns après les autres, un escalier à gravir pour progresser vers le Royaume de Dieu.  

St Augustin par exemple associe les 7 premières béatitudes aux 7 dons du Saint Esprit et aux 7 demandes du Notre Père, afin de bien montrer l’unité de la vie chrétienne, entre la foi et la vie, l’action et la contemplation. St Augustin veut ainsi nous rappeler que l’on ne peut pas entrer dans la pratique des béatitudes, sans la prière (Notre Père) et sans l’assistance du Saint Esprit (les dons) qu’il faut demander avec insistance. Voyons cela de plus près :

Les trois premières béatitudes visent à nous libérer de ce qui nous entraîne au péché : l’orgueil, la violence, l’indifférence, ainsi que l’attachement désordonné aux biens de ce monde. Heureux les pauvres, les doux et les affligés. Ce sont ceux qui accèdent à la véritable humilité chrétienne, qui est la porte d’entrée dans la vie spirituelle. L’humilité est le premier degré de la sainteté, qui consiste en un détachement de soi, en un renoncement volontaire à son amour propre pour s’attacher au Dieu vivant, le Père qui nous a tant aimés. Les dons correspondants que nous devons demander sont les dons de crainte, de piété et de conseil, puisque la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ; les demandes du Pater correspondantes sont les trois premières qui s’adressent à Dieu : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, qui nous invitent à reconnaître d’abord et avant tout la grandeur et la bonté de Dieu envers nous.

Les deux béatitudes suivantes désignent les deux grandes qualités chrétiennes à pratiquer dans notre vie sociale, à savoir la justice et la miséricorde. Ce sont des béatitudes liées à la vie active.

La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est du : les biens corporels, manger et boire (j’avais faim et vous m’avez donné à manger), mais aussi les biens spirituels, qui commencent par reconnaître et respecter la dignité de chacun. La miséricorde vient adoucir ce que la seule justice pourrait avoir d’un peu dur, en apportant de la modération à nos jugements et nos comportements. Cf parents et éducateurs : fortiter et suaviter…Les dons correspondants à demander sont les dons de force et de science, pour agir avec courage et discernement, et les demandes du Pater à exprimer sont les quatrième et cinquième : donne-nous notre pain (selon ta justice), pardonne-nous nos offenses (selon ta miséricorde).

Enfin, les deux dernières béatitudes nous font entrer dans la vie contemplative ; ce sont la béatitude de la pureté du coeur et celle des pacifiques. Ce sont les béatitudes de l’homme libre, purifié et pacifié, capable de se donner sans réserve et de se consacrer totalement à Dieu et au prochain, capable d’accomplir de grandes choses pour la cause de l’Eglise et du Royaume. Ces deux béatitudes sont les plus grandes, elles apportent par conséquent la récompense la plus haute : voir Dieu, devenir ses enfants, « et nous le sommes » … Les dons qu’il nous faut demander sont ceux de l’intelligence et de la sagesse, qui permettent de voir « ce que l’œil n’a pas vu, d’entendre ce que l’oreille n’a pas entendu » (1 Co. 2,9). Les demandes du Pater sont les deux dernières : ne nous laisse pas succomber à la tentation mais délivre-nous du mal, c’est-à-dire de la grande épreuve avant la victoire finale.

Et la huitième béatitude ? C’est celle des persécutés à cause de Jésus, c’est le témoignage suprême de la charité, celui du martyre, qui identifie à Jésus ; « donner sa vie » pour Jésus est le plus grand amour, un passeport direct pour le ciel : Ainsi la première et la huitième béatitude se rejoignent et se répondent, comme porte d’entrée vers la gloire céleste : Heureux sont-ils car « le Royaume des cieux est à eux » !

C’est un véritable traité de vie spirituelle que St Augustin nous propose, qui nous montre la grandeur, l’équilibre et le dynamisme de toute la vie chrétienne. C’est surtout un appel du Seigneur qui nous est adressé à tous, pour monter une à une les marches de cet escalier qui nous conduit jusqu’au ciel ; puissions-nous y répondre généreusement, pour recevoir, avec la foule immense des rachetés, avec tous les saints, la récompense finale. AMEN !  

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